Le pouvoir du mental : "comment j’ai gagné du temps."

Nous avons interrogé Denis Gauthier, ou le papa-motard-hypnothérapeute-porte parole au mental solide et combatif ! Pour U-Exist, il revient sur son histoire, sa relation corps et esprit, et le rôle de l'esthétique dans l'acceptation de sa différence.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Denis Gauthier, j’ai 60 ans. Je suis papa de trois enfants et papy de trois petits-enfants.

Aujourd’hui, je suis hypnothérapeute, magnétiseur et je travaille également sur les énergies.

Je collabore aussi avec l’entreprise Ottobock* : j’ai participé à différents salons, réalisé des essais sur plusieurs prothèses, et nous travaillons parfois avec le CEA. À cette occasion, nous avons notamment rencontré des équipes ukrainiennes.

J’interviens également dans des écoles pour parler du handicap et partager mon expérience.

Malgré mon accident, je me considère comme quelqu’un de très positif. Aujourd’hui, je porte un discours sur le handicap différent de celui qu’on entendait auparavant.

*(Ottobock est une entreprise mondiale de technologie médicale basée en Allemagne, spécialisée dans les prothèses, les orthèses et les solutions de mobilité.)

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours de soin et ton histoire avec l’appareillage ?

En 2013, en Corse, j’ai eu un accident de moto : un camion m’a percuté et j’ai perdu connaissance le temps de mon EMI.

Suite à cet accident, j’ai été amputé de l’avant-bras gauche.

Dix jours après l’accident, j’ai été rapatrié sur le continent et pris en charge aux Sablons à Grenoble, puis au centre de rééducation de Rocheplane.

Après une série de tests musculaires concluants, j’ai pu être appareillé à peine neuf mois après l’accident avec une prothèse myoélectrique “Sensor Speed” d’Ottobock.

Cette première prothèse m’a permis de retrouver un équilibre visuel, un équilibre de poids, mais aussi de récupérer de l’autonomie : j’ai pu recommencer à tenir des objets et à faire beaucoup de choses par moi-même !

 

Comment se sont passées les différentes étapes d’adaptation à cette nouvelle autonomie ?

Pour moi, l’adaptation a été relativement rapide.

Je n’ai pas perdu connaissance après l’accident, ce qui m’a permis de prendre conscience immédiatement de ce qui se passait. Avant même l’arrivée des secours, j’avais déjà compris que mon bras était irrémédiablement écrasé et que l’amputation serait inévitable. D’une certaine manière, l’acceptation a commencé à ce moment-là. Cela m’a fait gagner du temps dans le processus.

J’ai toujours été très sportif, donc j’ai vécu cette épreuve comme un défi, presque comme une compétition. Je me suis dit : on me met à l’épreuve, je relève le défi. Et surtout, j’étais heureux d’être en vie !

Les mois de rééducation se sont très bien passés et j’ai assez rapidement accepté ce nouveau corps. Mentalement, j’ai gagné beaucoup de temps, même si les douleurs physiques étaient bien présentes.

En tant que thérapeute aujourd’hui, quand j’accompagne des personnes blessées par la vie, j’essaie justement de les aider à ne pas perdre trop de temps dans ce processus. Pour elles, mais aussi pour leur entourage. Car au-delà de la personne blessée, il y a aussi tous les dommages collatéraux : les proches vivent eux aussi cette épreuve.

 

As-tu toujours été hypnothérapeute ?

Non. Avant l’accident, j’étais menuisier. Mon métier demandait évidemment l’usage de mes deux mains.

Mais depuis plus de vingt ans, j’étais déjà très attiré par les énergies, la méditation et l’hypnothérapie.

C’est un ami médecin qui m’a un jour fait prendre conscience que j’étais fait pour devenir hypnothérapeute. Je pratiquais déjà un peu avec des membres de ma famille.

Finalement, il a fallu que je perde mon bras pour me reconvertir et me lancer pleinement dans ce métier.

 

Peux-tu nous raconter le contexte de ta rencontre avec les orthoprothésistes ?

Lorsqu’on est en centre de rééducation, on rencontre très vite des professionnels de l’appareillage, comme Ottobock. Ils sont présents dès le début du parcours pour réfléchir aux solutions adaptées aux patients. Aujourd’hui encore, je suis toujours accompagné par Ottobock.

Grâce à mon ouverture d’esprit et à ma volonté d’avancer, plusieurs portes se sont ouvertes, dont celle de Marc Souply (Make Sense). Avec lui, j’ai découvert tout un univers de possibilités, notamment grâce à l’impression 3D. Marc est une personne extraordinaire : il ne cesse jamais de réfléchir, de chercher et d’innover au service des autres.

 

Aujourd’hui, quel(s) type(s) de prothèse(s) portes-tu au quotidien ?

Il faut savoir qu’une prothèse “Myoélectrique” a en général une durée de vie de cinq ans, parfois moins.

Après ma première “Sensor Speed” par Ottobock, j’ai été équipé d’une prothèse “Michelangelo”, que je porte encore aujourd’hui mais qui devra bientôt être renouvelée. Nous réfléchissons actuellement, avec Marc, à ma prochaine prothèse.

Comme je n’étais pas responsable de mon accident, l’assurance adverse a également financé une prothèse très avancée : la “Bebionic”, une main motorisée avec cinq doigts articulés. C’est un dispositif impressionnant, très esthétique et très performant.

 

Utilises-tu différentes prothèses selon tes activités ?

Oui, absolument.

Par exemple, sur ma prothèse “Michelangelo”, je porte un gant de protection qui la protège de la poussière et de la pluie. Cela me permet notamment de continuer à faire de la moto. Je roule désormais en boîte automatique, mais je peux toujours pratiquer la moto de route sportive.

J’ai aussi plusieurs prothèses spécifiques, conçues pour différentes activités. Certaines ont des emboîtures ou des embouts particuliers qui me permettent de faire du vélo, de m’entraîner en salle de sport ou encore de pratiquer la via ferrata.

Avant mon accident, je faisais beaucoup d’alpinisme. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment possible, mais la via ferrata me permet encore de retrouver le contact avec la montagne. Continuer à évoluer sur une paroi reste important pour moi, et mes prothèses rendent cela possible.

J’ai même une prothèse qui me permet de pagayer et donc d’être au contact de l’eau.

Ma vie ne s’est pas arrêtée avec l’amputation. Au contraire, j’en ai fait un défi.

Le travail esthétique que vous proposez avec U-EXIST, notamment avec la U-DRESS, s’inscrit dans cette logique. Le design peut aider à accélérer l’acceptation : au lieu de cacher la prothèse, on peut au contraire la mettre en valeur.

Grâce à vous tous, nous vivons probablement l’une des meilleures périodes de l’histoire pour être appareillé…

Comme tu l’as dit, l’acceptation a été rapide pour toi. As-tu souhaité personnaliser ton appareillage dès le départ ?

Le côté esthétique est en réalité pris en compte assez tôt par les orthoprothésistes.

Ils réalisent d’abord une emboîture de test pour vérifier les appuis et l’adaptation, mais la question de la finition et de l’apparence arrive rapidement dans la réflexion.

Personnellement, j’avais envie de mettre en avant cette différence, puisque j’étais devenu différent.

J’ai eu la chance d’avoir des emboîtures avec différentes finitions. Mais ce n’est pas le cas pour tous les patients.

Pour beaucoup de personnes, la personnalisation proposée par les manchettes U-DRESS permet d’ajouter facilement un élément esthétique, de manière pratique et accessible.

Une emboîture personnalisée reste la même pendant cinq ans. Avec une U-DRESS, on peut changer selon ses envies, son style vestimentaire ou les moments de vie.

 

Quelles manchettes U-EXIST portes-tu ?

J’ai testé deux modèles : une manchette courte et une longue.

L’objectif était à la fois de voir comment je me sentais en les portant, mais aussi d’observer le regard extérieur. Je reste toujours ouvert aux retours, qu’ils soient positifs ou négatifs.

Dans mon cas, je porte la manchette sur une emboîture déjà très travaillée par mon orthoprothésiste. La U-DRESS me permet d’ajouter une dimension esthétique supplémentaire et de la mettre encore plus en valeur. J’ai choisi des motifs du catalogue U-EXIST qui me correspondaient déjà parfaitement.

 

Penses-tu que ton rapport à ta prothèse aurait été différent sans possibilité de personnalisation ?

Oui, sans doute.

Souvent, les prothésistes proposent des emboîtures assez neutres, parfois couleur peau. Selon le niveau d’acceptation du patient, cela peut être une manière de rendre la prothèse plus discrète et de faciliter les premières étapes de l’adaptation.

Mais des solutions comme les U-DRESS permettent justement d’apporter ensuite une touche de personnalisation, de façon simple et accessible.

Pour ma part, je pense que vouloir cacher le handicap peut parfois le rendre encore plus lourd à porter. L’esthétique, au contraire, permet de casser les codes. Lorsqu’un appareillage attire le regard par son design, cela change la perception : le sujet devient moins dramatique et les échanges se font plus naturellement, sans gêne ni compassion excessive.

Finalement, on peut imaginer des emboîtures plus sobres au départ, que chacun peut ensuite personnaliser selon ses envies. C’est une approche flexible qui peut convenir à beaucoup de patients.

 

Est-ce que cette personnalisation a changé ton regard sur ton appareillage ?

Oui car chaque personnalisation correspond à une partie de ce que je suis. Les motifs que j’ai choisis ont des reflets hypnotiques, ce qui correspond parfaitement à mon activité d’hypnothérapeute.

Il y a aussi un côté un peu psychédélique qui me plaît beaucoup. Les porter me met tout simplement de bonne humeur.

Personnaliser sa prothèse change le regard que l’on porte sur soi-même. Et si cela nous fait sourire, cela se reflète naturellement dans le regard des autres. Si nous sommes à l’aise avec notre différence, les autres le seront aussi.

 

Le choix du motif permet-il de raconter qui tu es ?

Exactement. Le motif hypnotique me permet de me réapproprier cette partie manquante. Ma prothèse est artificielle, mais elle me représente. Nous formons un tout. En ce moment même, en te parlant, je gesticule avec les bras et je touche ma prothèse. J’en prends soin parce qu’elle fait partie de moi.

Plus on aide le patient à se sentir à l’aise avec son appareillage grâce à l’esthétique, plus il va se l’approprier naturellement. Aujourd’hui, je vis bien avec ma différence parce que je l’ai acceptée. Et au fond, nous n’avons pas vraiment le choix : accepter est la seule manière d’avancer.

C’est aussi pour cela que je fais ce métier. J’accompagne des personnes qui ont du mal à accepter leur situation. On perd parfois beaucoup de temps à rester bloqué dans l’émotionnel, alors qu’il faut apprendre à vivre avec.

 

Selon toi, quelle est la véritable valeur ajoutée d’une U-DRESS ?

Les U-DRESS permettent de personnaliser son appareillage en fonction de ses envies, de ses activités et de son style. Elles nous aident à nous sentir à nouveau comme tout le monde, en étant pleinement nous-mêmes.

Et il y a aussi la question du prix : une U-DRESS reste relativement accessible, ce qui rend la personnalisation possible pour beaucoup plus de personnes.

 

Aurais-tu un message pour les patients qui hésitent à personnaliser leur appareillage ?

Jusqu’à présent, les personnalisations proposées étaient souvent définitives pour plusieurs années. Cela pouvait faire hésiter.

La U-DRESS, elle, s’enfile, s’enlève et se lave facilement. On peut changer quand on veut.

C’est une solution très simple qui ouvre la porte à la personnalisation pour toutes les personnes appareillées, que ce soit pour les membres supérieurs ou inférieurs.

 

Et un message pour les prothésistes qui conçoivent ces solutions ?

Je pense qu’ils ont un rôle important à jouer. Ils devraient intégrer la U-DRESS dans leur catalogue et la proposer aux patients.

De mon côté, en tant que patient, j’essaie de faire passer le message, notamment dans différents groupes de discussion sur les réseaux sociaux. Mais nous ne pouvons pas toucher tout le monde de cette manière. Les professionnels ont donc aussi un rôle essentiel pour présenter ces solutions dès la phase de rééducation. Cela peut rassurer les patients et leur donner de l’espoir.

 

Nous remercions chaleureusement Denis Gauthier d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, pour son témoignage et sa démarche engagée.

Merci également à Marc Souply, fondateur de MAKE SENSE pour la mise en relation et avec qui nous collaborons étroitement notamment sur la U-DRESS. À propos de MAKE SENSE : Experts dans l’accompagnement des professionnels spécialisés en conception de Dispositifs Médicaux Sur Mesure (DMSM). En savoir plus sur : https://makesense3d.com/

Les U-DRESS seront bientôt disponibles en achat direct sur notre nouvel E-SHOP mais peuvent déjà être commandées auprès de certains orthoprothésistes. Contactez-nous pour toute question. 

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